Qu'est-ce qu'il fait, qu'est-ce qu'il a, qui c'est celui là...

Autant vous le dire tout de suite, je ne vais pas vous pondre ma biographie, à 43 ans, mon chemin est loin d'être terminé, d'ailleurs il vient juste de comencer! Je ne sais rien, n'ai aucune certitude sur ce que mon oeil voit, et ce qui se transposera en photo. Et c'est tant mieux! Sinon où serait la magie? Je n'ai pas envie de tout savoir, tout maitriser, tout comprendre... Pas envie non plus de vous détailler mon parcours d'amateur ou de professionnel, ni de vous énumérer une pauvre liste de matériel photo, mes références vont rester au placard si ça ne vous dérange pas.
N'éprouve aucun besoin de vous sortir une tirade sur l'art de faire de la Photographie. Si, tiens!
Juste une petite pour la route.
 
Ben non, ça va pas moi! Bientôt 20 ans que je "travaille" avec des ordinateurs à pomme, avec des logiciels de mise en pages qui font tout à ma place, et ô sacrilège, des logiciels de retouches photos qui corrigent tout à ma place aussi! C'est de la daube s'esclafferaient certaines fines bouches.
Je vais donc faire ma tête de lard, face aux absurdités que j'ai trop souvent entendues, dans les salons, expositions, magasins photos. J'aurai même un petit coup de gueule envers la presse spécialisée censée nous parler de photo. Elle nous parle que de technique, de taille de ceci, de la sensibilité d'un bout de plastique ou de silicium. Oui, leurs papiers truffés de tests, d'essais de boîtiers et d'objectifs que l'on (on, c'est le photographe amateur qui achête le canard) ne pourra quasiement jamais se payer, et encore moins maitriser. Piges entrecoupées de trop de publicités complaisantes (faut bien vivre), tout ça manque cruellement d'humanité. Le d'accord/pas d'accord censé nous apporter une réponse photo, Ahahaha! Y en a un qui dit oui, l'autre non, je trouve leur avis même blessant parfois. Je suis fatigué de voir... écrivait une critique du journal??? Au risque d'être vindicatif, changez de métier si sa vous fatigue de regarder nos photos!

Mais la photo n'est pas seulement à vocation artistique, esthétique, humanitaire, journalistique, historique... ça peut être aussi un gagne pain modeste, et bien souvent un "passe-temps" dans lequel on y mets parfois tout son coeur et son argent.
 
Paul Valery dans " Notion générale de l’art - Bibliothèque de la Pléiade», Gallimard, Paris 1957 " a une théorie sur l'inutilité et la transmission de l'art en général (voir chapitre IV). Sa reflexion, est compliquée mais intéressante à lire. Elle m'explique en tous cas, quelques petits "trucs" qui peuvent avoir un rapport à la photo, celle que j'entends pratiquer et afficher si possible.
 
Pour ma part, il n'y aura pas de guerre technologique, argentique/numérique, la pub ci-contre devrait remettre les pendules à l'heure, lisez-la. Pour moi, cela reste deux "façons de faire" radicalement différentes, mais, font à mon avis, partie de la même famille, la photographie au sens large. Je ne l'ai que trop souvent entendu, certains "purtistes" viendront argumenter avec une notion de plaisir d'avoir à travailler comme ceci ou comme cela. S'il vous plaît, madame, monsieur, je peux me faire plaisir, et tenter de faire plaisir à mes spectateurs comme je l'entends ? Merci.
Je reste convaincu de votre plaisir, la lumière rouge, la révélation, les tests, la recherche, la limite à 6, 20, 36 vues, etc... Tout ceci existe aussi à sa façon en photo numérique. Si je vous assure. Achetez des petites cartes mémoires et masquez l'écran LCD de votre boîtier numérique, vous verrez bien ahaha!
 
Néanmoins, je reste conscient des marques du passé, de leur importance, les bases, les règles, si longuement enseignées par nos ainés. Nous sommes tous face à plus d'un siècle d'images photographiées qui témoignent d'histoires humaines, entre autre, voilà où se porte ma sensibilité "photo" en tous cas, les gens, la rue, la vie.

Willy Ronis clame, "une belle photo ça se mérite !" ou "c'est pas tant la lumière qui me passionne, mais le sujet qu'elle éclaire...".
Que j'aime cet homme, ses photos, ses textes aussi. Respect, Monsieur Ronis!

Les pionniers de la photo je leur dois le respect c'est évident. L'ère du numérique y trouvera sa place quoi que l'on dise, c'est juste une question de temps. Et puis cela fait bien 15 ans que je numérise des ektas et autres tirages papier, alors l'argentique... ça fait des lustres que l'on tourne des pages de livres qui affichent de l'argentique digital, vous ne croyez pas?
Combien d'entre nous, amateurs de photos, ont chez eux les tirages originaux sous la main et la dernière imprimante jet d'encre pour comparer l'incomparable? Et puis les vieux albums de photos de familles, vont se transformer en DVD certes, tiens qu'a nous d'en imprimer une partie sur papier et d'en faire d'autres albums... A l'heure au j'écris mon texte on peut se faire tirer 200 images pour 18 euros, voilà un progrès plutot populaire, qui va dans le sens des photos très connus d'un Doisneau, Ronis, Boubat... Quoi-que Monsieur Edouard, était parfois assez dur dans ses commentaires sur le sujet. (10eme § de cette page Des millions de photos inutiles sont prises tous les jours.)

Mais revenons à ma photo, puisque que c'est ma bio. Mon inspiration est directement issue des photographes du début du siècle, entre autre. Eugène Atget m'impose le respect. Brassaï me donne envie de sortir la nuit pour aller voir les filles et les gars qui vont avec ! Willy Ronis me poussera toujours à immortaliser les gens qui s'amusent, ou qui travaillent, à capturer des moments simples, ceux du bonheur pas compliqué. Alexandre Rotdchenko, qui est aussi plaisant à lire qu'à regarder, quoi que, dès que je me prends à vouloir faire du "moderne", contre-plongée, décadrage, photo-montage, je m'aperçois qu'en 1925 avec son vieux M, il était déjà une référence incontournable de la photographie, entre autre!
Que dire de la tendresse du regard d'Izis sur la capitale et ses habitants? Je me laisse juste transporter doucement. Comment ne pas avoir envie de partir avec Edouard Boubat, ne serait-ce que pour lui porter ses 50 kilos de matos, lui aussi avait de la tendresse dans le regard. Doisneau et Cartier-Bresson m'ont donné envie de reprendre le métro, d'aller marcher, marcher, marcher encore dans ma ville. D'attendre, d'écouter, de voir, de prendre le temps de regarder, de me poser! Le peu que je connaisse de Roger Schall me donne le courage d'avancer face à l'adversité.
Outre-Atlantique, il y a tant de photographes aussi Dorothee Lange, Peter Miller (non pas Henri, Peter, l'auteur de "Paris perdu et retrouvé"). De l'autre coté du globe, Shoji Ueda véritable graphiste, son art de la mise en scène épurée à l'extrême, il est maître de la simplicité ! Il m'en reste tant à découvrir me direz-vous...
 
Pour finir sérieusement, je dédie cette photo tout particulièrement à Willy Ronis qui est pour moi, est le déclencheur de cette passion pour la photographie de rue ! Je dédie aussi, toutes mes images à ma famille qui comprend mes absences répétées lorsque je pars photographier. J'ai une pensée tendre pour tout ceux qui ont bien voulu rester un instant devant mon objectif, afin qu'image se crée. Et une pensée aussi pour ceux qui n'ont pas vu que je leur "volais" une image. Et rien contre ceux qui ont refusé (parfois peu courtoisement) que je déclenche.

J'ai aussi une affection très particulière pour celles et ceux, qui sont restés à côté de moi, en silence, au lieu de me rappeler les interdits, attendant que j'ai fini d'exercer et faire vivre mon art, de faire click quoi... pour qu'eux puissent aussi, continuer leur propre chemin.

Merci à tous.

Laurent Risi

 


Bio



© Laurent Risi - 2008